La honte!

Par Landry Ninteretse

Quatre situations différentes, deux nationales, une régionale et une continentale qui font honte aux acteurs concernés et par ricochet à nos peuples et à l’image de l’Afrique en général.

Le premier cas est la grève dans l’enseignement public burundais qui va entrer très bientôt dans son deuxième mois. Deux mois de paralysie totale, des centaines de milliers d’écoliers et d’élèves privés du droit à l’éducation, pris dans le bras de fer entre syndicats et gouvernement. Les deux principaux acteurs de l’éducation nationale campent sur leur position et ne se montrent pas prêts à trouver un compromis pour ramener sur le chemin de l’école la jeunesse burundaise livrée à elle-même et qui doit faire face à tous les dangers et risques liés à ce chômage forcé ! Mais dans l’entre-temps, le Parlement a voté des augmentations de salaire pour les sous-officiers et soldats qui laissaient planer ces derniers mois le spectre d’une mutinerie aux conséquences imprévisibles. Analyse d’un confrère : « La craie ne pèse pas face à une kalachnikov ! » Alors que le Burundi entre dans un marathon électoral, l’opinion se demande si le retour des écoliers et élèves à l’école est pour demain ou constitue une priorité pour nos dirigeants. Rien non plus n’indique que ceux qui seront élus accorderont l’attention requise à ce secteur qui doucement mais sûrement est en train de sombrer dans une fatale dérive…

Le second cas concerne les défaites consécutives des « Intamba mu Rugamba » dans les récentes rencontres. Le 27 mars, les Cranes d’Uganda ont humilié nos ambassadeurs du foot par un score fleuve de 4 buts à zéro dans les éliminatoires du CHAN 2011!Et oui, 4-0 et exit les Intamba! Il y a deux semaines, c’est le Tchad qui n’a pas fait de détails devant la formation nationale : 5-0 ! Inacceptable quand on connaît les talents de nos jeunes joueurs et que les Ugandais ne sont pas réputés être un peuple sportif que les Burundais. Qui blâmer ? Les responsables de la Fédération du Football du Burundi et du Ministère devraient accorder TOUS les moyens nécessaires à ces représentants du pays surtout qu’en cas de victoire, c’est l’image du pays qui en sort renforcée et que le sport a toujours été un élément de cohésion. La belle victoire de Vénuste Niyongabo aux 5.000m aux Jeux Olympiques d’Atlanta le 26 juillet 1996 reste dans nos mémoires. A l’époque cette victoire avait redonné de l’espoir aux Burundais, suscité des moments de célébration et même ravivé un sentiment de fierté nationale alors que le pays traversait une période très délicate sur le plan politico-institutionnelle. Une question : qu’est-ce qui manque à nos formations sportives pour renouer avec l’éclat et la victoire ? Bien que la question des moyens soit souvent invoquée, il semble que la volonté politique en la matière n’est pas maximale. Si cela était le cas, on assisterait à une autre image et à des résultats différents du sport national.

La troisième situation concerne nos voisins de l’Ouest, en RDC. La république très très démocratique du Congo-à l’instar de nombreux pays africains, anciennes colonies françaises pour la plupart- s’apprête à célébrer à grandes pompes le 50ème anniversaire de son indépendance le 30 juin prochain. Kinshasa la belle se prépare activement à cet événement historique. Dernière mesure prise par le ministre provincial de la santé de Kinshasa : débarrasser de la capitale des 20.000 enfants de la rue qui y déambulent à longueur de journée pendant 5 jours : trois jours avant le 30 juin et deux jours après. Explication : Sécuriser Kinshasa et éviter des désagréments que ces gamins, parfois agressifs, pourraient causer aux hôtes de marque durant les célébrations. En réalité, il ne s’agit ni moins ni plus que de cacher la misère, l’incompétence des autorités mais aussi l’irresponsabilité de certains parents qui poussent leur progéniture dans la rue aux yeux des invités de marque et de la presse étrangère. C’est-à-dire vouloir donner une image qui n’est pas réelle. Confier ces jeunes enfants et adolescents aux ONGs et autres confessions religieuses pour cinq jours n’est pas du tout une solution pour un phénomène qui touche la quasi-totalité de grandes villes africaines. A Kinshasa comme partout ailleurs, il faut réfléchir aux solutions durables de réintégration socio-professionnelle des ces jeunes et s’attaquer de façon sérieuse aux causes de ce phénomène en collaboration avec tous les concernés, les parents en premier lieu.

Enfin, il y a deux semaines, tous les avions ont été interdits de circulation en Europe suite à l’éruption d’un volcan islandais qui dégageait un épais nuage dans l’atmosphère, rendant toute navigation aérienne impossible dans la quasi-totalité de l’espace aérienne européenne. Aussi curieux que cela puisse paraître, notre continent a été paralysé par cette interdiction de vol. Je ne parle pas de ceux qui devraient se rendre en Europe ou des exportateurs kenyans de fleurs ou encore des ouest-africains dont les livraisons de fruits ou de poissons frais qui ont subi des pertes estimés à des millions de dollar. Mais même le trafic à l’intérieur du continent a été sérieusement affecté par le volcan islandais. Plusieurs vols reliant des capitales africaines n’ont pas pu décoller. Pour se rendre de Dakar à N’Djamena, de Djibouti à Ouagadougou, la plupart des vols transitent par Paris ! Des réunions et conférences interrégionales à différents niveaux ont ainsi été annulées à la dernière minute et d’autres reportés. Oui, cinquante ans après les indépendances, l’Afrique-francophone en particulier- n’a pas de compagnie aérienne assurant des liaisons internes et l’Hexagone-la Grande France-demeure incontournable pour se rendre d’un point à l’autre du continent ! Une honte qui devait pousser nos leaders africains à penser deux fois avant de débloquer des sommes pharaoniques pour les célébrations marquant le cinquantenaire des indépendances…La triste réalité est que depuis la liquidation de la défunte Air Afrique, aucune compagnie en Afrique francophone n’assure des liaisons intérieures régulière et il semble même qu’elle n’est pas prête de naître.
Chers africains, cinquante ans après les indépendances, acceptons-nous de transiter par Paris pour rendre visite à nos voisins d’à côté ? La honte !

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