COPENHAGUE : Les véritables parties oubliées

Par Adam Welz et Landry Ninteretse

Une semaine après la conférence de Copenhague sur le changement climatique, Adam Welz et Landry Ninteretse qui ont suivi de près les négociations jettent un regard critique sur cette grande messe aux résultats plutôt décevants.

Bella Centre dans la périphérie de Copenhague, l’avenir du monde est décidé dans un cadre d’exposition massive, sans traits bien marqués à côté d’une turbine de vent géante, simple icône.

Bella Centre était le cœur de la 15ème Conférence des Parties, ou COP15, la conférence sur le climat, une question qui mobilise l’ensemble des Etats du monde en vue de la réduction des gaz à effet de serre et de la décision des sommes d’argent nécessaires pour l’accomplissement de cet objectif- c’est ce qui devrait être décidé.

COP 15 au Bella Centre avait l’image d’une grande conférence ordinaire mais aussi d’une foire de commerce. Et les négociations se passant à l’intérieur étaient très intenses, mais aussi ordinaires. Il y avait une gamme de blocs de négociateurs – le bloc des pays les moins avancés ou PMA, le G20, la Chine + G77, AOSIS, l’UE etc. Chaque bloc essayait de rester uni, les grands pays intimidaient les petits, les petits Etats se défendaient. Il y avait des débats prolongés sur de simples lignes de texte et de beaucoup d’émotion réprimée.

Derrière tout ce spectacle, se cachait un fleuve de chiffres toujours plus impressionnants – combien de million d’hectares de forêt sont brûlés annuellement, combien de gigatonnes de carbone sont émis, combien de centaines de milliards de dollars seront nécessaires pour nous sauver et combien de chefs d’Etat présents à la rencontre – serait-ce 129 ou 130 ?

Etait-ce important ?
Oui, tout semble et paraît très important. Mais seulement deux chiffres très simples importent vraiment et seulement deux parties ont réellement besoin de négocier. Les chiffres sont les degrés Celsius d’augmentation de température et la concentration de gaz à effet de serre atmosphérique qui déterminera ces degrés de réchauffement.

Les parties incontournables dans les négociations sont deux matières très expérimentées, durcies de bataille appelées la physique et la chimie.
La dure réalité avec la physique et la chimie est que les deux ne se négocient pas vraiment. Elles vous disent que faire, à quel niveau il faut être, si vous allez vivre ou mourir et c’est cela. Les discussions avec la physique et la chimie sont terminées avant qu’elles n’aient commencé.

Les instituts de science atmosphérique ont dépensé des centaines de millions de dollars pour étudier les lois de la physique et de la chimie expliquant le réchauffement du globe et ce que cela signifie pour l’écologie de la planète et nous les humains. Si votre partie opposée dans les négociations gagne chaque fois, il est sage de trouver les règles selon lesquelles elle opère et ainsi arranger votre vie en conséquence. La compréhension scientifique du réchauffement de la planète, comme tout ce qui s’y rapporte, progresse constamment.

Rapports antérieurs
Il y a quelques années, quand le dernier rapport du Groupe d’experts international sur l’évolution du climat est sorti, une concentration atmosphérique de carbone de 450 parties par million (ppm) était considérée comme la limite supérieure sûre. Cela causerait une augmentation moyenne de 2°C de réchauffement par rapport aux niveaux préindustriels sur l’ensemble du globe.

Une note de ce rapport dit que 2°C de réchauffement moyen sur toute la planète équivaut à entre 3 et 4 °C pour la plupart de l’Afrique et un climat considérablement changé par rapport à celui auquel nous avons actuellement adapté nos systèmes de vie et agricole. En bref, un désastre. Et pourtant, personne n’a considéré ce rapport.

La récente recherche scientifique sur le climat est encore plus inquiétante. Beaucoup d’éminents scientifiques du climat croient maintenant qu’une concentration atmosphérique de carbone au-dessus 350ppm (qui causera probablement 1.5 centigrades de réchauffement du globe moyen) conduira la planète entière dans une zone de danger.
Nous sommes actuellement à 390ppm, déjà au dessus de la limite et devons réduire la production de gaz de serre extrêmement vite.

D’une manière ou d’une autre 350ppm et 1.5 ° C – les cibles que nos meilleurs scientifiques disent que nous devrions viser – semblent perdues dans le torrent de nombres exaltés à Bella Centre. Sur la table était une cible de 2 °C et des offres misérables de réductions d’émissions qui mèneront vraiment un réchauffement étonnant du globe de 4 °C d’ici à 2100.

Chèque de réalité
Parce que les négociateurs de Bella Centre croyaient qu’ils négociaient l’un avec l’autre, pas avec la physique et la chimie, ils ont eu une approche dans ces négociations sur le climat semblable à celle des discussions sur les tarifs commerciaux de l’acier ou d’une autre question financière. Ils se disputaient comme l’enfer, s’épuisaient, cherchaient des compromis et s’en allaient à la maison.

La réalité, autrement dit, a quitté le bâtiment. Les parties à COP15 négociaient comme si l’atmosphère est un pur concept sur un papier politique de brouillon.
La bonne nouvelle est que la réalité se vivait à l’extérieur. Nous voyions la croissance rapide d’énormes alliances globales des gens défendant la science de climat et la justice. Les groupes comme celui pour lequel nous travaillons, 350.org, soutenaient des pays qui comprennent la gravité de la situation et portaient loin leur voix à travers les médias.

Le chemin sera long, la lutte dure et nous pourrions (tous) perdre. Mais si l’Afrique doit survivre et prospérer, nous devons être impliqués.

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