Interview avec Maggy Barankitse, la mère aux 10.000 enfants

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Propos recueillis par Landry Ninteretse

Forte d’une expérience de quinze ans dans l’humanitaire et maintes fois récompensée pour son inépuisable compassion et abnégation, Maggy Barankitse s’adresse à la jeunesse et dénonce certains comportements qui maintiennent le Burundi dans l’impasse.

Amahoro Youth Club: Où avez-vous trouvé la force morale pour surmonter les multiples défis auxquels vous avez dû faire face au début de votre œuvre ?

Maggy Barankitse: Le Christ avant de mourir a dit : « Je suis avec vous jusqu’à la fin des temps ». Je crois que ce qui m’a permis de toujours avancer sans me décourager est ma foi chrétienne, ma foi que Dieu est Dieu et qu’Il est toujours avec moi. La lueur d’espoir que je lisais dans les yeux des enfants que je recueillais m’a également soutenue dans les pires moments. Je me suis dit que les adultes en semant la haine n’ont rien compris. J’ai décidé de faire le contraire, de montrer l’amour et la compassion à ces enfants, qui sont les bâtisseurs de paix de demain.

Quels arguments avez-vous utilisé pour convaincre les autorités, les institutions nationales et étrangères à soutenir l’œuvre de la Maison Shalom ?

Toutes ces organisations n’ont jamais volontairement adhéré à ma vision. Je me suis imposée et leur ai fait comprendre que j’étais uniquement guidé par l’amour. Je leur ai dit que mes atouts sont la confiance triomphante dans la providence. Certains ont pensé que j’avais perdu la tête, d’autres m’ont surnommée ”la folle de Ruyigi’’. Ceux qui m’ont aidé sont ceux qui ont vu que j’avais une vision et une puissante conviction et ont cru en moi.

Que pensez-vous de l’action des nombreuses ONG et associations œuvrant dans l’humanitaire mais dont les résultats laissent à désirer ?

Je suis désolée de dire que la plupart d’entre elles n’ont pas de vision et dès fois on a l’impression que même les Nations Unies sont instables. Tantôt, elles opèrent sous le nom de MIOB, tantôt ONUB et aujourd’hui BINUB. Quant au statut des enfants, il ne cesse de changer : d’ENA (Enfant Non Accompagné) à ENPS (Enfant Nécessitant une Protection Spéciale) en passant par OEV (Orphelin Enfant Vulnérable). J’avoue qu’à un certain moment on n’y comprend plus rien. Mais ce qui me fait le plus mal, c’est la fermeture des orphelinats. Si vous n’êtes pas en mesure d’assurer l’avenir à un enfant et de l’insérer dans la vie socioprofessionnelle, autant ne rien entreprendre. La Maison Shalom n’est pas un orphelinat, c’est un message de cohabitation où les victimes de la guerre apprennent à vivre ensemble. Ici, on place chaque enfant dans un foyer et on investit dans son éducation au lieu de leur offrir deux kilos de farine. Les fermetures d’orphelinat ici et là scandalisent et montrent que leurs initiateurs manquent de vision ou sont entrain de spéculer. Pour moi ce sont des Voyous Sans Frontières !

Et le gouvernement ?

Son action doit être bien circonscrite au sein d’un ministère stable qui ne change pas selon les remaniements. Là aussi, je pense que c’est dû au manque de vision et à la politique de la main tendue, en pensant que toutes les solutions viendront de l’extérieur. Je voyage beaucoup et m’étonne de voir un ministre qui va demander de l’aide à Washington ou Bruxelles mener un train de vue extravagant. Le manque de politique claire, la mauvaise répartition du budget national et la luxure sont entrain d’hypothéquer l’avenir des millions de burundais.

Selon vous, la jeunesse peut-elle faire quelque chose pour changer la donne ?

La guerre a volé trois quarts du temps à la jeunesse et elle a grandi au milieu de la haine, de la violence, de la misère et du désespoir. Même les éducateurs ont transmis la semence de la haine ! Malgré tout, la jeunesse est une richesse et elle a un avenir. Avec un esprit d’entreprenariat et un minimum d’organisation, on peut arriver à créer de l’emploi et s’en sortir. Celui qui a de l’avenir, c’est celui qui lutte. L’avenir ne se trouve pas à l’étranger mais ici. Ce pays a tout ce qu’il faut pour réussir mais ce qui est malheureux, c’est qu’il semble que ce sont les étrangers qu’ils ont compris plus que nous. Le moment d’agir et d’arrêter le cercle vicieux de la violence, c’est bel et bien celui-ci et la jeunesse doit commencer à propager ce message de paix, de développement et de convivialité afin que la nation ait la vision d’un peuple digne.

Quels conseils donneriez-vous à une jeune organisation comme l’AYC dont la vision est de voir l’émergence d’une société pacifiée et engagée sur la voie du développement ?

Le premier conseil est qu’il faut être convaincu de ce qu’on fait. Quand vous avez une conviction profonde, personne ne peut vous arrêter. Le véritable développement se trouve dans notre cœur. Quand vous êtes attaché à votre dignité, vous ne comptez pas sur les biens matériels ou sur le soutien extérieur. Plutôt, vous vous basez sur l’amour se trouvant dans le cœur car l’amour empêche de déprimer, d’être arrogant et de stigmatiser les autres. L’amour est une folie inventive qui nous permet de s’émerveiller de la vie et la considérer comme une fête.

Pensez-vous que l’AYC peut développer des actions spécifiques à l’endroit des jeunes de Ruyigi en général et de la Maison Shalom en particulier pour contribuer à leur épanouissement intellectuel, moral ou socio-culturel ?

Mais c’est ce que j’attendais ! Bien que je ne me sentais pas bien lorsque vous êtes venus à cause de la grippe, j’ai dit c’est ça que j’attendais depuis longtemps. Je vous encourage à aller dans chaque coin du pays pour porter ce message et mon rêve est de pouvoir vous soutenir pour arriver partout. Ici à la Maison Shalom, vous êtes toujours les bienvenus et sachez que votre contribution est primordiale pour une vraie réconciliation des cœurs.

landry-ninteretse

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One response to “Interview avec Maggy Barankitse, la mère aux 10.000 enfants

  1. I am excited to hear about you young guys, You have to fight for peace in Burundi especially now before the coming elections. The major matter that I think you have to solve is to eliminate the impunity. You have to try to press Burundian leaders to fight against inflation so that you will not get poorer because the food and other products are getting more expensive, purchasing power is lower among young Burundi than in many other countries

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