Hommage aux Martyrs de la Fraternité

Claude Pascal Bimenyimana
By Claude Pascal Bimenyimana

Nous sommes dimanche le 3 mai 2009 en province de Bururi, plus précisément au Petit Séminaire de Buta.
Il est 10 heures 30 et le soleil brille de toutes ses forces en cette matinée là, bien que l’air soit frais et humide. Une foule de gens bien habillés est présente et plusieurs personnes ont des gerbes de fleurs en mains. Devant moi se trouve un sanctuaire dont l’un des murs porte une indication permettant de lire : « Martyrs de la Fraternité ». Un petit cimetière y est attaché, il est composé de quarante quatre tombes.
Cependant, quarante des tombes ont un point commun ; leurs inscriptions en blancs sur des croix peintes en rose indiquent que ceux qui y reposent sont tous décédés le 30 avril 1997 et étaient nés pour la plus part vers la fin des années soixante dix…
Mais qu’est-ce qui est arrivé à ces jeunes défunts ?

Il y a de cela douze ans, le 29 avril 1997 vers 5 heures 45 du matin, un groupe de rebelles avait fait irruption dans le dortoir des élèves du cycle supérieur du Petit Séminaire. Ils sommèrent les jeunes garçons de se ranger selon leurs ethnies : Hutus d’un côté, Tutsis de l’autre. Ayant refusé de se séparer, les jeunes innocents ont été sauvagement exterminés à coup de feu et de grenades. A deux reprises les malfaiteurs sortiront du dortoir. Pendant ces moments d’accalmie, quelques élèves parviennent à sortir de leur cachette pour porter secours à leurs camarades blessées sans faire aucune distinction ethnique. Deux des élèves secouristes seront tués.

Sanctuaire
Sanctuaire de Buta où repose les quarante martyrs de la Fraternité lâchement assassinés le 29 avril 1997

Après l’attaque, plusieurs élèves qui avaient été grièvement blessés seront hospitalisés pendant plusieurs mois. Durant cette période, leurs camarades de Buta étaient leurs gardes malades : ils leur préparaient la nourriture , faisaient la lessive et les aidaient à satisfaire leurs besoins. Toutes ces tâches fatigantes ont été menées dans un esprit d’amour familial. Les gardes malades, ainsi que les blessés, étaient composés de hutus et de tutsis…

Les événements tragique de Buta sont très instructifs. On devrait se poser certaines questions qui nous aideraient à réfléchir un peu plus : comment est-ce qu’un groupe de burundais a pu prendre les armes et s’acharner de manière aussi sauvage contre d’autres Burundais, de surcroit des innocents ? Comment est ce que le Burundi a pu en arriver là?
Lui qui compte parmi les rares nations dont le peuple parlent la même langue et dispose de la même culture du nord au sud et de l’est à l’ouest ?

Je pense qu’il est grand temps que les burundais apprennent à s’aimer, à être solidaire et à se considérer comme frères. Tant que nous ne serons pas unis et tant que nous ne déciderons pas de pardonner autrui, notre nation ne pourra jamais s’épanouir et se développer convenablement. Pour que le Burundi puisse prospérer, il n’a pas besoins de Hutus seulement, ou de Tutsis seulement, mais de ses filles et fils qui sont hutus, tutsis et twas !
Les divisions ethniques ne feront que ronger les cœurs des Burundais tout en rendant notre nation misérable et sous développée.
Et pourtant, les différences ethniques devraient constituer une richesse pour tous. Et puis d’ailleurs, qui a choisit de naître hutu ou tutsi ? Est-ce un vice ?

Chers Burundais, soyons des « Abavukanyi » comme on aime tant le dire, et travaillons main dans la main, Hutus, Tutsis et Twa pour un avenir meilleur !

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One response to “Hommage aux Martyrs de la Fraternité

  1. Cher ami,
    Je deplore moi aussi le massacre de ces innocents par des genocidaires impunis et impenitents.
    Quatre des victimes m’etaient tres connus car ils etaient mes eleves l’annee d’avant.
    La reponse aux questions que vous posez est a la fois simple et genante: si, en ce jour d’avril 1997, des gens se sont mis a massacrer leurs freres innocents, c’est qu’ils mettaient en application la “lutte pour la democratie” par l’extermination des tutsi. Ils s’inspiraient du facheux precedent de 1972 et 1988 ou les auteurs de tels crimes n’avaient pas ete juges. Les adeptes de cette democratie a la burundaise qui procede par genocide ont cru bon de porter meme au seminaire la “lutte democratique” (entendez le massacre des tutsi).
    Le forfait a ete revendique, mais pour toute sanction, les auteurs ont ete portes au pouvoir avec la benediction de l’ONU pourtant promotrice du plus jamais ca.
    alors mon cher, tu comprends que rien n’empechera jusqu’a nouvel ordre qu’un autre criminel ou groupe de criminels reedite cet “exploit” qui conduit a la presidence, au senat et a l’assemblee nationale.
    Un seul remede: la justice administree par un tribunal international est la seule qui guerira le Burundi du genocide et de sgenocidaires.

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